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Parrainez un paysan

Soutenez un paysan au Cameroun, offrez-lui son journal

Parrainez l’abonnement d’un agriculteur à La Voix Du Paysan et améliorez les pratiques culturales et les revenus d’une famille !

 

Acheter un journal coûte cher au Cameroun. Et encore plus pour les paysans dont les revenus sont faibles. Pourtant, dans les régions les plus reculées du pays, beaucoup d’agriculteurs aimeraient avoir accès au journal La Voix du paysan. Depuis 20 ans, ce mensuel parle d’eux, pour eux et avec eux.

Ouest Fraternité soutient, sur place, la rédaction de La Voix afin de développer son contenu, sa distribution et sa survie dans le paysage médiatique. Cet accompagnement, lancé en 2009, a permis d’améliorer la qualité du support et maintenir la diffusion.

L’idée de parrainer des abonnements s’inscrit logiquement dans cette coopération professionnelle. En versant 5 euros ou plus, vous permettrez à des paysans de bénéficier d’un abonnement d’un an. De leur côté, les agriculteurs devront s’acquitter d’une part de l’abonnement.

Après le succès d’une première campagne de parrainage lancée en 2013, cette seconde permettra de renforcer l’accès à l’information des paysans et permettra de développer le journal, notamment son accès numérique.

Sur place, l’équipe du mensuel choisira les publics bénéficiaires et communiquera dans ses colonnes des nouvelles du journal et de ses abonnés.

 

Pour toutes informations,
vous pouvez contacter :
Didier Laroze
06 20 30 46 36
ou
Valérie Parlan
06 63 29 47 97

Jade : le site internet jadecameroun.net en plein relooking

Mission de Gaël Cerez

du 10 au 16 septembre 2014

jadegael

Les objectifs

Objectifs rédactionnels

  • Améliorer la lisibilité des articles et l’enrichissement web
  • Développer l’usage de twitter et facebook
  • Mettre en ligne des sons via soundtrack.com
  • Mettre en ligne des pdf via scribd.com

Objectifs structurels

  • Réorganiser le site jadecameroun.net
  • Rendre possible l’ajout de publicité sur le site
  • Créer une newsletter

Les réalisations

Objectifs rédactionnels

Mise en ligne article : mode d’emploi

  • Créer un article
  • Publier un article
  • Mettre en ligne PDF / son / vidéo
  • Utilisation des réseaux sociaux

Objectifs structurels

  • Les améliorations apportées au site
  • La réorganisation du site
  • La réalisation d’un menu
  • La transmission technique

Conclusion

Malgré les échecs précédemment cités, je pense que la mission a permis au site et à l’équipe de progresser, notamment sur la mise en valeur des articles sur internet.
Pendant ma semaine d’absence (voyage dans le pays), j’ai compté sur l’équipe pour mettre en œuvre mes conseils en matière de :

  • Remise à niveau de la forme des articles anciens (cohérence de la mise en page, enrichissement via liens internet, étiquetages, rédaction des adresses url).
  • Essayer de créer une rubrique Santé, international,…
  • Publication quotidienne d’articles récents ou anciens sur Facebook et Twitter, surtout des émissions radio et TV.

Nous avons refait le point la veille de mon départ.

De son côté, Etienne Tassé a adressé à Ouest Fraternité le courrier suivant afin de dresser un bilan de la mission de Gaël : « Nous sommes très contents du travail  fait par Gaël, qui est allé bien au-delà de nos attentes. Au départ, je voyais surtout l’amélioration du site, ce qui est fait. Nous ne savions pas comment partager nos publications en pdf, tout comme nos émissions radio. Grâce à Gaël, nous l’avons fait et nous le ferons pour les prochaines productions. Mille mercis à l’Asso. »

 

Les techniques rédactionnelles / Le reportage

En partenariat avec le mensuel La Voix du paysan
Yaoundé, 31 mars au 7 avril 2012

Karin Cherloneix et Valérie Parlan

Participants : trois collègues du desk de Yaoundé : Marie Pauline Voufo, rédactrice en chef; Michelle Mbiendou, journaliste et PAO; Iréné, responsable de la diffusion et rédacteur;  quatre collègues des provinces : Jean-Baptiste Ndemen, journaliste dans l’Ouest; Magloire Biwolé Ondoua, en poste à Bartoua; Pompidou Ngamna, en poste à Douala; Denis Bambe, en poste à Garoua; Etienne faha, en poste à Maroua.

Les techniques rédactionnelles
Les fondamentaux de l’écriture journalistique (dernière session sur ce thème en 2010). Certains journalistes présents n’ayant pas bénéficié de cette session, il était bon de repartir avec ce nouveau groupe sur les mêmes bases.

Nous sommes parties de leur production pour mettre en pratique la théorie. Nous avons ainsi beaucoup travaillé sur le dernier numéro afin de valider les acquis du message essentiel, de l’angle, du plan, de la titraille, etc.

De même, nous avons pour les brèves et filets puisé notre matière dans l’actualité du pays en nous basant sur des articles de presse parus dans les journaux camerounais.

Ces quelques notions de base étaient maîtrisées pour certains, nouvelles pour d’autres.

Résultat : piqûre de rappel très bénéfique. Redonner les outils mais aussi donner confiance à cette rédaction qui ne demande qu’à mieux faire. Le journal a vraiment changé depuis deux ans. Plus clair, plus concis, mieux illustré, plus varié… Tous nous disent que notre action les motive fortement à améliorer le support.

A revoir : lors de cette session, nous avons réalisé que la préparation du contenu mensuel était aléatoire. Pas ou peu de consignes de signes, de genres… Copie envoyée souvent au kilomètre. Les SR de Yaoundé se retrouvent avec beaucoup de boulot. Nous avons précisé à Marie-Pauline et Michelle qu’il leur fallait davantage cadrer le travail collectif. Les journalistes en province le demandent d’ailleurs fortement.

Il faudra sûrement, lors d’une future session management, insister sur cet aspect de programmation et d’organisation du travail.

Le reportage
Nous avons réfléchi avec la rédaction à des sujets à même d’être utilisés dans leur mensuel. Deux sujets ont été choisis : la saison des mangues et la vente d’engrais dans les boutiques de Yaoundé.

Nous avons préparé ensemble le sujet, l’angle et tous sont partis sur le terrain. Puis, phase d’écriture. Un peu compliqué car chaque journaliste ne disposait pas d’ordinateur. Heureusement, Karin et moi avions les nôtres donc nous avons pu mutualiser les outils.

Résultat : la majorité des reportages étaient de bonne tenue au regard du genre qu’ils ne pratiquent quasiment pas. Nous les avons corrigé collectivement et certains seront diffusés dans le prochain numéro.

A revoir :  notre session a été calée en pleine semaine sainte. Beaucoup sont très impliqués dans leur paroisse et être pris pour cette formation a demandé à certains de renoncer à leur engagement spirituel.

De même, en fin de semaine, la réunion annuelle des collaborateurs du mensuel a eu lieu. Donc tous ont dû au fil des jours se consacrer aussi à la préparation de cette réunion. Iréné, un des moteurs de la rédaction, n’a pu travailler avec nous le dernier jour. La concentration générale a pâti de cette activité extra formation. Parfois, nous avions l’impression d’être en pointillés.

 

Le bilan

 Au moment du bilan, plusieurs points ont été soulignés :
– formation dense mais digeste
– bonne révision des bases, Magloire a résumé : « c’est le grain de riz qui fait le sac »
– besoin de recyclage permanent, « ça nous réveille » dira Etienne
– différence bien acquise entre information et communication
– importance du choix de l’angle et outils pratiques pour être original
– autocritique des papiers pertinente
– prise de conscience de mettre de la vie dans les papiers
– intérêt d’avoir des formateurs différents

Remerciements
Mille mercis à toute l’équipe de la Voix qui a, comme toujours, largement contribué à la qualité logistique et professionnelle de notre séjour. Merci aussi à Haman du Jour qui nous a mis à disposition son chauffeur pour une journée de détente pendant notre semaine.

Bororos et pygmées exclus de la compétition

Victimes de discrimination, les Bororos et les pygmées, les minorités du Cameroun, ne sont pas présents sur certaines listes dans les régions où ils vivent. En totale violation du code électoral, qui prend en compte toutes les composantes sociologiques, et des normes internationales qui condamnent la discrimination des minorités.

 La campagne qui a débuté le 15 septembre se fera sûrement sans de nombreux Bororos et pygmées. Des recours, introduits pour annuler les listes n’ayant pas respecté les droits de ces minorités ont tous été rejetés par la Cour Suprême. Le cas le plus marquant a été l’absence des minorités Bororos sur les listes du Sdf et du Rdpc dans l’arrondissement de Batcham dans la région de l’ouest.

Ici, le Sdf reprochait au Rdpc et à l’Undp, concurrents pour gagner les 41 sièges de cette municipalité, de n’avoir pas tenu compte de la diversité sociologique de cette circonscription électorale. L’Undp pensait la même chose des listes de ses deux adversaires et estimait que la sienne avait, à la différence de celle d’en face, inclus «tout le monde» y compris les Bororos. Le Rdpc, par contre, qui ne compte aucun Bororo sur sa liste, n’y trouvait alors aucun inconvénient, estimant subir là un faux procès. Pour Paul Kenné, 5e sur la liste Rdpc à Batcham, «les Bororos ne peuvent pas encore être pris en compte à Batcham »

Le verdict de la cour suprême va ignorer ces différentes plaintes et valider les listes querellées. Et pourtant, « la loi électorale en son article 171 alinéa 3 stipule que la constitution de chaque liste doit tenir compte des différentes composantes sociologiques de la commune concernée. A Batcham, les populations Bororos occupent une place importante dans la circonscription. Vu son nombre actuel et son importance au sein de la localité, c’est une erreur de faire des choix sans tenir compte de leur avis. Je suis très déçu par le verdict de la cour suprême », a déclaré Sanda Taparé, Bororo et militant de l’Undp qui reproche par ailleurs à la cour d’être tolérante sur le principe de la « composante sociologique ».

Les pygmées grands habitués de l’exclusion…

 Habitués des exclusions et, cette fois encore, ignorés des listes aux élections municipales et législatives, ils promettent de manifester leur colère par l’abstention ou le vote sanction contre le Rdpc, le 30 septembre.

Les pygmées « Bakola » de Lolodorf reprochent au Rdpc d’avoir choisi ses candidats uniquement dans les circonscriptions électorales des personnes «civilisées». Le choix s’est alors opéré dans 12 villages sur les 28 que compte cet arrondissement. « On nous a toujours balancé à la figure la protection des minorités sociologiques. Cette disposition figure dans la constitution du Cameroun, mais d’où sort-il que les pygmées, qui sont des Camerounais à part entière, eux à qui on demande d’aller aux urnes ne soient pas éligibles? », dénonce Nkoro Catherine fleur, une ressortissante pygmée.

En violation des normes internationales

 Selon le manuel d’observation électorale de l’Union européenne, la discrimination et le rejet des minorités constituent de graves violations des règles du processus électoral. « Nul ne devrait subir de discrimination, ni être désavantagé en aucune façon pour s’être porté candidat », précise le manuel.

Autre disposition du code électoral camerounais qui contribue à l’exclusion d’une catégorie de citoyens de la course aux élections : les pièces à fournir pour être éligible ont dissuadé de nombreux pygmées et bororos qui ont un très faible niveau d’instruction. Pourtant, selon le manuel cité plus haut, « toute condition exigeant un minimum de présentation de candidature devrait être raisonnable et ne devrait pas servir à faire obstacle à la candidature ».

Maitre Nestor Toko, avocat au barreau du Cameroun et président de l’association Droit et paix, dénonce avec fermeté l’exclusion des minorités de l’élection des conseillers municipaux ou des députés. «Tous les hommes sont égaux en droit et en devoir. L’Etat assure la protection des minorités et préserve les droits des populations autochtones conformément à la loi » fait remarquer l’avocat pour qui, en mettant à l’écart des minorités, l’Etat viole lui-même cette disposition de la constitution.

Joseph OLINGA N. (JADE)

Des militants du RDPC corrompent pour se faire élire

Des militants du parti au pouvoir multiplient des rencontres informelles au cours desquelles des agapes et de l’argent sont distribuées. L’objectif étant d’acheter les consciences des électeurs au mépris de la loi. Le code pénal condamne pourtant à des peines de prison ces pratiques récurrentes.

Les journées des jeunes du quartier Bépanda à Douala sont de moins en moins longues. Elles s’achèvent généralement tard dans la nuit après le départ des émissaires de la tête de liste RDPC aux municipales à Douala 5è. Jusqu’à tard ce jeudi, veille des derniers jours d’avant le début officielle de la campagne, des jeunes qui se présentent comme militants du RDPC attendent groupés dans la cour d’un domicile au carrefour “Tendon”. « Même s’il faudra attendre jusqu’à minuit, je suis là et ne rentrerai pas d’ici sans boire une bière », fait remarquer Bell, l’un des nombreux jeunes présents.

Attendu à 21 heures, c’est finalement à 23 h 30 qu’arrivent dans deux voitures le cortège du Rdpc. « Merci d’être venus nombreux pour nous recevoir chez vous, la « mère» Mme Foning s’excuse de son absence  parmi vous, elle aurait souhaité  faire la rencontre personnelle de tous  les 26 comités de base de  Bépanda avant le début de la campagne électorale. Mais elle a pris en compte toutes vos doléances…»,  déclare le porte parole de la commission envoyée par Françoise Foning.

Le discours de propagande, arrosé de promesses d’emploi, d’amélioration du cadre de vie, est suivi du décompte des personnes titulaires de cartes électorales. Le porte parole sort ensuite une liasse de billets, en retire cinq de 10 000 F qu’il remet à l’un des jeunes. « La mère a prévu ça pour vous », lance-t-il aux jeunes qui se le partagent au taux de 1000 F chacun avec la promesse de voter pour leur bienfaitrice  le 30 septembre.

Achat de consciences…

Les différents quartiers de la circonscription électorale de Douala 5è sont quadrillés par ces émissaires qui à chaque fois font des promesses et repartent après avoir distribué de l’argent. Seules les personnes titulaires de cartes d’électeurs bénéficient de la sollicitude des émissaires. Au quartier Sodikombo à PK13, ceux qui sont recensés ne reçoivent pas directement une rémunération, mais une promesse ferme de tenir compte de leur « vote positif », c’est-à-dire en faveur du Rdpc le moment venu. En plus de leurs coordonnées électorales, sont également enregistrés leurs  contacts téléphoniques. Pour dame Adama, Présidente d’un comité à Bépanda, l’opération n’a rien à voir avec la corruption et consiste plutôt pour le Rdpc à évaluer le nombre de suffrages favorables possibles.  Elle précise par ailleurs que le « vote positif » n’est pas obligatoire et dépend de la conscience de l’électeur. « Moi je vais voter Françoise Foning parce qu’elle a beaucoup travaillé pour mon quartier qui était avant un tas de boue. Ce n’est pas pour une affaire d’argent qu’elle distribue,  mais de meilleur candidat », affirme contrariée dame Adama.

Interdit et punit par la loi

Le Mouvement africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie crie à la corruption et soutient qu’il s’agit d’un sport favori  du Rdpc. « La nourriture, du vin, des sacs de riz, de maquereau, d’huile et beaucoup d’argent sont distribués à la veille et pendant la campagne par le Rdpc et ses militants devant des caméras de télévision… C’est de la corruption et pourtant personne n’est inquiétée », dénonce Anicet Ekane, membre du Bureau politique du Manidem. En effet, de nombreux militants de ce parti et autres membres du gouvernement ou assimilés organisent depuis la convocation du corps électoral des cérémonies publiques au cours desquelles sont distribués de nombreux cadeaux en nature et parfois de l’argent. La raison officielle évoquée étant de remercier leurs électeurs et assister dans leurs difficultés. Ces pratiques sont pourtant interdites par le code pénal camerounais dans son chapitre relatif aux atteintes à la constitution. Il punit  de la détention de trois mois à deux ans et d’une amende de 10.000 à 100.000 francs ou de l’une de ces deux peines seulement celui qui, « par l’octroi ou par la promesse d’un avantage particulier de quelque nature qu’il soit, ou  par voies de fait ou menace d’un dommage particulier quelconque, influence le vote d’un électeur ou le détermine à s’abstenir ».

E. Lako, A. Nyem, T. Tchopa  (JADE)

Trop pauvres pour être candidats !

Obligés d’abandonner la course aux investitures dans leur parti, car incapables de payer une caution trop élevée pour eux, des candidats potentiels crient à l’injustice. D’autres multiplient les astuces pour trouver l’argent.

Awalou a 37 ans. Membre du bureau politique du Mouvement Africain pour la Nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), il ne participera pas aux élections législatives. La cause ? Trop pauvre !

« J’attendais cette occasion depuis de nombreuses années, mais voilà que la caution électorale, désormais relevée à un million de Fcfa, me met hors course, regrette Awalou. Je ne suis pas capable de trouver cette somme, même pas la moitié, comme le recommande mon parti à ses cadres. ». «Mes ambitions politiques vont être revues à la baisse, car je ne suis pas capable de payer la caution d’un million de francs », explique un autre militant  du  département du Koung-Khi. Pourtant titulaire d’un brevet de technicien supérieur en électrotechnique, il n’a pas trouvé d’emploi dans sa spécialité.

Pour survivre, ce diplômé de l’enseignement supérieur donne des cours comme enseignant vacataire d’informatique dans un collège à Baham. Il enrage : « Les membres de la majorité parlementaire, plus précisément les élus du RDPC et ses alliés, ont voté cette loi pour empêcher les jeunes démunis, mais engagés pour la défense de la démocratie et de l’Etat de droit, de postuler à la députation. »

Une caution inique

Présidente du comité d’arrondissement de l’Union démocratique du Cameroun (UDC) de Njinka-Njimatie et conseillère municipale de Foumban, Sabiatou Ngachili, ne sait pas davantage comment mobiliser l’argent s’il arrivait qu’elle soit investie par son parti. Revendeuse de denrées alimentaires au marché «A» de Foumban, elle explique : «Nous vivons dans une localité où il n’est déjà pas facile de joindre les deux bouts au quotidien. Il nous parait impossible d’épargner la somme d’un million de franc Cfa pour payer la caution. C’est comme si le législateur avait taillé le code électoral pour les nantis. Le principe de l’égalité, qui fonde le suffrage universel direct, est violé. On se dirait dans un système à suffrage censitaire », dénonce-t-elle.

Son camarade de parti, Nsangou Badiane, éprouve des frissons lorsqu’on lui parle de la somme à mobiliser. Les 50 000 Fcfa exigés pour les candidats au conseil municipal sont déjà, selon lui, très élevés pour des militants ruraux. «C’est anormal. C’est une manière d’exclure la majorité des populations, les pauvres du jeu politique. C’est anti-démocratique», crie-t-il.

En effet, le nouveau code électoral a relevé toutes les cautions : 50 000 Fcfa pour concourir aux élections municipales, 1 000 000 pour les législatives, 5 000 000 pour la présidentielle.

Les normes internationales violées

Les acteurs de la société civile à l’instar de Philippe Nanga, coordonnateur de l’organisation non gouvernementale Un monde avenir, estime qu’ « au Cameroun, le système régnant a mis tout en place pour réduire, voire empêcher, une effective participation citoyenne lors des consultations électorales ».

Il conseille au peuple et aux acteurs politiques, s’ils tiennent à l’alternance, au niveau local, parlementaire ou présidentiel, de se battre. « Les personnes qui, à tous autres égards seraient éligibles, ne devraient pas se voir priver de la possibilité d’être élues par des conditions déraisonnables ou discriminatoires », disent les normes internationales confirmées par l’Union Européenne. «Le montant des cautions doit dissuader les candidatures superficielles, mais pas les candidatures sérieuses », souligne le même document.

En attendant que les règles internationales, pourtant ratifiées par le Cameroun, soient respectées, des candidats trouvent des solutions alternatives.

«Je me concentre sur mon petit élevage de lapins, témoigne par exemple Deffo Oumbé Sangong, sans emploi depuis les municipales de juillet 2007 et président de la circonscription électorale Sdf de Bafoussam Ier. J’ai conseillé à plusieurs autres militants démunis de faire de même. C’est à partir de la vente de mes lapins que je supporterai en partie ma caution pour la députation. Je compte aussi sur l’élan de solidarité des camarades du parti, des amis et des populations pour pouvoir rassembler le million nécessaire.»

Partisan du principe suivant lequel «qui veut aller loin ménage sa monture », Michel Eclador Pekoua, secrétaire à l’organisation de l’UPC, conseille la même démarche à ses militants démunis. Il a même mis en place un plan d’autofinancement des candidatures et espère que ses militants se seront acquittés de leur caution avant la convocation des électeurs.

Guy Modeste DZUDIE (JADE)

Dix-huit morts en six mois dans la prison de Bertoua

 Maltraitance et malnutrition sont les maux qui sont pointés du doigt. Gardiens de prison et détenus sont déterminés à mettre fin à l’enfer carcéral de Bertoua.

 

 

« Entre août et octobre 2012, nous avons enregistré 15 morts ici. Puis, trois détenus sont décédés entre le 10 et le 13 janvier 2013.  Un mort par jour. » Ces déclarations alarmantes sont d’un personnel en service à la prison centrale de Bertoua. La ration alimentaire est la principale cause de mortalité dans ce pénitencier.

 

Prisonniers mal nourris

Une autre source ayant longtemps travaillé à la cuisine précise : « Cette ration journalière est composée de couscous fait à base de farine de manioc et de maïs tandis que la sauce est un mélange de 50 litres d’eau, d’un demi-litre d’huile de palme, d’un zeste de pâte d’arachide et de colorant. A cela, on ajoute un mélange de levure chimique et de farine de manioc pour faire gonfler le tout. »

« Pourtant le chef de l’Etat a récemment débloqué une somme totale de 1.5 milliards de francs Cfa pour améliorer la qualité de la nutrition dans les prisons du Cameroun. La prison centrale de Bertoua a reçu 26 millions de francs Cfa en liquide pour nourrir ses 500 détenus. Soit un peu plus de 2 millions de francs Cfa par mois, mais, au final, on ne dépense pas plus de 500.000 francs Cfa avec ces jongleries culinaires », affirment d’autres personnes travaillant à la prison.

Conséquence : les services de santé pointent, « un affaiblissement physique progressif de la plupart des prisonniers et un accroissement du taux de morbidité ». Malgré cette montée vertigineuse du nombre de malades, précise un détenu, « l’administration de la prison a fermé le quartier qui leur était uniquement réservé ». La raison : « Le régisseur estime que même malades, ces prisonniers peuvent s’évader ». A cause de cette décision, poursuit un autre détenu, « les malades cohabitent dans des locaux exigus avec des détenus sains qu’ils contaminent ».

Pour les mêmes raisons de risque d’évasion, soutient-on, « l’accès à l’infirmerie, donc aux soins, était interdit à ces malades qui couraient inexorablement vers la mort. On n’est donc pas surpris du nombre important de morts ». De sources internes toujours à la prison centrale de Bertoua, « cette situation a été constatée par Simo Ndjoko, le délégué régional de l’Administration pénitentiaire lors de sa récente tournée de prise de contact dans cet établissement pénitencier ». Les mêmes sources révèlent qu’« au cours de la traditionnelle séance de travail qui ponctue ce genre de descente, certains détenus ont pris la parole pour dénoncer tous ces maux et réclamer des solutions à ces mauvais traitements que tous subissent ».

Surpopulation

Dans un rapport confidentiel adressé au Garde des Sceaux, une mission d’enquête a établi qu’« effectivement, et selon les registres de l’infirmerie, dix huit détenus ont trouvé la mort ces derniers mois à la prison centrale de Bertoua ». Interrogé le 21 janvier 2013 dans son bureau,  Ngang Joh Lamya Mama, le régisseur de la prison, en reconnaît douze. Au cours de notre entretien, le patron des lieux a trouvé qu’« il était normal de mourir car même dans les hôpitaux de haut standing, on meurt. Il n’est donc pas étrange de mourir à l’infirmerie de la prison centrale de Bertoua. » Surtout que, comme l’a également mentionné le rapport évoqué plus haut, « le plateau technique de cette infirmerie n’est pas capable de prendre en charge les maladies de la prison ».

A cela s’ajoute, selon le même rapport et le régisseur, « la promiscuité du fait de l’entassement parfois de plus de 50 détenus dans des locaux prévus pour 20 ». Et c’est là où le bât blesse. En effet, « comme toutes les prisons du Cameroun, la prison centrale de Bertoua souffre d’une surpopulation évaluée à plus de 400% de sa capacité initiale ». « La prison de Bertoua compte exactement 478 prisonniers pour une enceinte construite en 1930, pour en accueillir 100 ».

La faute à un système judiciaire qui n’a pas toujours intégré l’objectif principal du code de procédure pénale dont l’application devait permettre une décongestion des prisons du Cameroun. Malheureusement, malgré les possibilités qu’offre ce texte sur les mises en liberté, on se rend compte que près des trois quart des détenus de nos prisons restent des prévenus.

Ange-Gabriel OLINGA (JADE)

 

Liste des détenus décédés d’août à octobre 2012 :

  1. Ekoto Martin
  2. Mohamadou Moctar
  3. Ousmanou Assana
  4. Yao Yaya
  5. Sandé Serge
  6. Amadou Ali
  7. Podi Alain
  8. Sali Yola
  9. Mamadou Sanouna
  10. Youssoufa Nguelnguelde
  11. Awalou Amadou
  12. Aboubakar Sidiki
  13. Mamadou Awalou
  14. Ousmanou Aïdjo
  15. Hamadiko Ousmanou

Détenus décédés entre le 10 et 13 janvier 2013

  1. Aeme César, le 10 janvier 2013
  2. Mama Dibel Thierry, le 11 janvier 2013
  3. Bili Zambo, le 13 janvier 2013.