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Un partenariat réussi avec “La Voix du Paysan”

En 2010, Ouest-Fraternité a lancé un programme pluriannuel d’appui aux médias camerounais. Il s’est achevé en juin 2016. Parmi les journaux partenaires de notre action : La Voix du Paysan.

Les sessions (une dizaine en six ans) ont permis à la rédaction d’améliorer de manière notable le contenu du mensuel et de maintenir un niveau technique satisfaisant de la fabrication.

Marrin et MP
Marie-Pauline Voufo, directrice des rédactions, et Marrin, en juin 2016, à l’issue de la formation.

Quelques indices permettent d’évaluer la qualité du travail réalisé :

  • Les abonnements de l’édition papier se sont maintenus (9 000 abonnés pour un tirage mensuel de 20 000 exemplaires).
  • La diffusion (notamment grâce au web) s’est développée au-delà des frontières camerounaises (200 abonnements numériques gagnés en six mois).
  • La reconnaissance du journal par les professionnels (cf. invitation au Space de Rennes, prix de l’Ong Seed Foundation, articles dans les journaux du groupe de presse agricole Réussir, dans la revue Altermondes, etc.).
  • La vente en progression constante des encarts publicitaires (désormais, des annonceurs achètent et réservent telle ou telle page sur une année).

Si notre action s’est toujours limitée à une aide aux savoir-faire rédactionnels et techniques sans ingérence dans l’activité économique du journal, nous avons évidemment été attentifs aux aléas financiers rencontrés par l’équipe. En 2015, l’un de nos membres, Serge Poirot, a réalisé son mémoire de master en économie et gestion publique sur les pistes de développement économique de La Voix du paysan. Ouest-Fraternité a permis au journal de disposer d’un diagnostic précis de l’organisation du journal et de ses perspectives de développement.

Le directeur du SAILD (l’Ong camerounaise éditrice du mensuel), Hozier Nana, n’a pas tari d’éloges sur le travail d’Ouest-Fraternité depuis six ans : « Nous avons du mal à réaliser que nous ne serez plus là tant vous avez habitué la rédaction à bénéficier de formations professionnelles. Grâce à vous, nous avons atteint un niveau de qualité du contenu, nous avons exploré les nouvelles formes d’écriture, nous avons pris le virage du web. »

Marie-Pauline Voufo, directrice des rédactions, a, quant à elle, souligné « la grande amitié professionnelle et personnelle qui nous lie désormais. Nous avons encore besoin de vous, il y a sûrement une possibilité de poursuivre nos actions communes, non ? »

Hozier et charles
Hozier Nana, directeur du SAILD, et Charles Tsiri à la remise des attestations de formation, en juin 2016.

Si nous avons bien précisé que notre projet d’appui sous sa forme pluriannuelle prenait fin avec cette mission (nous n’avons pas vocation à nous installer durablement dans les rédactions), nous avons réitéré notre volonté de garder le contact avec l’équipe. Pour La Voix du paysan, nous pourrions, par exemple, être associés, à l’initiative du SAILD, à des demandes de subvention ou à des appels d’offre.

Nos confrères et consœurs de La Voix ne manquent pas d’idées. Ils savent que, maintenant, le travail sur différentes niches de revenus sera essentiel pour éviter la dépendance d’une seule et unique source de financement.

Hozier Nana a dressé la liste de quelques projets pour lesquels l’association Ouest Fraternité pourrait être sollicitée en tant que partenaire. Au dernier trimestre 2016, l’association refera un point sur ces pistes avec la direction du journal. De là, le conseil d’administration d’Ouest-Fraternité décidera si une mission ponctuelle sur l’un de ces sujets (ou d’autres à venir) devra être mise au calendrier des actions de l’exercice 2017.

Juin 2016 : c’était notre dernière mission au Cameroun

groupe session

La rédaction du mensuel “La Voix du paysan” lors de la session de formation. De gauche à droite, en haut : Magloire Biwolé, Irénée Bidima, Valérie Parlan, Jean Kana, Merline Djatcha, Marie-Pauline Voufo, Berthe Mewo Mounbana, Ful Joy Kughong. En bas, de gauche à droite : Vincent Coquaz, Martial Njie Tabi, Fany Engbwengbwa et Charles Tsiri.

La dernière session de formation au Cameroun s’est déroulée à Yaoundé du 10 au 17 juin 2016, au sein du mensuel La Voix du Paysan. Au programme : les fondamentaux de l’écriture journalistique et de l’editing web et les réseaux sociaux.

Les deux formateurs étaient Valérie Parlan et Vincent Coquaz, journaliste à www.arretsurimages.net, site de décryptage et d’analyse des médias, formateur au CFPJ. Ils ont privilégié comme support d’exercices le journal en cours de bouclage, les suppléments « quatre pages » consacrés à la crise de la grippe aviaire édités pendant notre séjour ou encore les sujets en préparation pour les futures éditions.

jean ordi 1

Le dernier jour de la semaine, Valérie Parlan a dressé le bilan de la session et du projet Cameroun avec la direction du journal. Vincent Coquaz a travaillé avec Jean Kana, le webmaster, aux derniers réglages de la mise en ligne du nouveau site du mensuel http://lavoixdupaysan.net/

 

Dix journalistes du mensuel ont participé à la session. Comme toujours, le groupe a fait preuve d’enthousiasme, de bonne humeur et de sérieux.

« L’impression générale est celle d’une grande motivation des équipes et d’une bonne ambiance de travail, a constaté Vincent Coquaz. Tous les participants étaient très demandeurs de conseils et motivés pour apprendre un maximum de choses. »

L’équipe, toujours en flux tendu, a eu à faire face en même temps que la formation à la crise de la grippe aviaire qui sévissait dans le pays depuis quelques semaines. Souvent, les participants ont donc eu à faire deux journées en une.

salle 1
Pendant le stage, les piliers de la rédaction et les jeunes recrues ont réfléchi à leur pratique.

La participation d’anciens et de nouveaux rédacteurs à la formation a permis de travailler sur la transmission des savoirs. Les plus aguerris ont, par exemple, révisé des fondamentaux de l’écriture déjà vus lors de sessions précédentes et ainsi pu en mesurer la maîtrise dans leurs écrits actuels. Ils ont pu partager leur expérience avec les nouveaux journalistes lors des exercices et débats.

C’est assez rare pour être précisé, les journalistes en poste depuis plusieurs années n’hésitent jamais à revenir en formation. Cette humilité devant l’évolution des pratiques et le besoin de se remettre en question est l’un des atouts de cette rédaction. « Toujours revenir sur les bases est essentiel, a insisté Marie-Pauline Voufo, directrice des rédactions. À chaque passage des formateurs d’Ouest-Fraternité, on confirme les bons réflexes, on chasse les mauvais. Et on le fait tous ensemble, pour parler le même langage avec ceux qui nous rejoignent. »

Cette richesse transgénérationnelle est également précieuse pour le développement du web. Certains jeunes rédacteurs ont une agilité numérique confirmée (notamment des réseaux sociaux). Leurs connaissances permettent de stimuler la pratique des plus âgés.

Les résultats obtenus

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Le message essentiel. La notion est encore complexe pour certains. Les journalistes identifient bien ledit message, mais peinent à le valoriser dans la titraille et l’attaque du papier. La nécessaire mise en avant et la formulation du message sur le web, grâce aux mots-clés pour le référencement, les aideront pour le print.

L’angle. Le fait d’avoir sous la main une actualité chaude (crise de la grippe aviaire) a permis de travailler très concrètement la recherche d’angles originaux adaptés à un lectorat hétérogène. L’enjeu, vulgariser tout en restant une référence sur le sujet, est d’autant plus capital que le web va permettre de toucher d’autres lecteurs au-delà des frontières. La rédaction semble maîtriser de plus en plus cette notion d’angle.

L’interview et le reportage. Il a été question de révision des acquis puisque ces genres avaient été l’objet de précédentes formations. Quel plaisir de lire des confrères devenus adeptes de tel ou tel genre depuis les dernières sessions ! Encourageant aussi de sentir chez les nouveaux venus des aptitudes certaines. Là encore, depuis le lancement du projet, les progrès sont indéniables.

Le backoffice. Quasiment aucun des participants à la formation n’avait déjà utilisé un backoffice, même de blog, pour mettre en ligne un article, ou n’avait travaillé directement pour une publication web.

Les liens. On a insisté sur l’importance des liens qui permettent au lecteur et aux moteurs de recherche de naviguer sur un site et entre des publications.

Facebook. Jean Kana et Merline Djatcha ont réussi à prendre la main sur la page Facebook qui a été créée pour l’occasion et qui recrute désormais plus de 10 « fans » par jour https://www.facebook.com/lavoixdupaysan/?fref=ts

Preuve de l’intérêt de cette page : à peine quelques jours après sa création, plusieurs lecteurs de LVDP se sont déjà manifestés pour demander des conseils pour leurs cultures agricoles ou pour s’abonner.

Twitter. La formation a également été l’occasion pour les journalistes de La Voix du Paysan de se créer un compte Twitter chacun, plutôt dans une optique de veille, en suivant des comptes relatifs aux sujets traités dans le journal. Les retours ont été très positifs sur ce point. Jean Kana, qui disposait déjà d’un compte, s’en sert également pour des prises de contact.

Des préconisations

Idéalement, une nouvelle mission de perfectionnement sur l’écriture web et la gestion du site serait souhaitable. Pour qu’au même titre que les sessions sur l’écriture, les acquis et réflexes puissent être confirmés.

Jean Kana, le webmaster, n’avait pas d’ordinateur performant pour assurer la lourde tâche d’administration du site. Constatant ce problème, nous avons demandé à Ouest-France si l’ordinateur portable prêté pour la mission pouvait être laissé à la rédaction. Cela a été accepté.

Côté fabrication et montage de l’édition papier, le journal a réitéré sa volonté de migrer d’XPress à InDesign. Comme nous avions, lors de différentes missions, mis en place une nouvelle maquette en version Xpress, leur souhait est que nous les accompagnions pour le basculement vers InDesign.

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Lors de notre passage, la rédaction venait d’ailleurs de fêter le 300e numéro. Preuve que le titre a acquis, en 25 ans, une légitimité incontestée dans le paysage médiatique camerounais et en Afrique centrale.
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Parrainez un paysan

Soutenez un paysan au Cameroun, offrez-lui son journal

Parrainez l’abonnement d’un agriculteur à La Voix Du Paysan et améliorez les pratiques culturales et les revenus d’une famille !

 

Acheter un journal coûte cher au Cameroun. Et encore plus pour les paysans dont les revenus sont faibles. Pourtant, dans les régions les plus reculées du pays, beaucoup d’agriculteurs aimeraient avoir accès au journal La Voix du paysan. Depuis 20 ans, ce mensuel parle d’eux, pour eux et avec eux.

Ouest Fraternité soutient, sur place, la rédaction de La Voix afin de développer son contenu, sa distribution et sa survie dans le paysage médiatique. Cet accompagnement, lancé en 2009, a permis d’améliorer la qualité du support et maintenir la diffusion.

L’idée de parrainer des abonnements s’inscrit logiquement dans cette coopération professionnelle. En versant 5 euros ou plus, vous permettrez à des paysans de bénéficier d’un abonnement d’un an. De leur côté, les agriculteurs devront s’acquitter d’une part de l’abonnement.

Après le succès d’une première campagne de parrainage lancée en 2013, cette seconde permettra de renforcer l’accès à l’information des paysans et permettra de développer le journal, notamment son accès numérique.

Sur place, l’équipe du mensuel choisira les publics bénéficiaires et communiquera dans ses colonnes des nouvelles du journal et de ses abonnés.

 

Pour toutes informations,
vous pouvez contacter :
Didier Laroze
06 20 30 46 36
ou
Valérie Parlan
06 63 29 47 97

Jade : le site internet jadecameroun.net en plein relooking

Mission de Gaël Cerez

du 10 au 16 septembre 2014

jadegael

Les objectifs

Objectifs rédactionnels

  • Améliorer la lisibilité des articles et l’enrichissement web
  • Développer l’usage de twitter et facebook
  • Mettre en ligne des sons via soundtrack.com
  • Mettre en ligne des pdf via scribd.com

Objectifs structurels

  • Réorganiser le site jadecameroun.net
  • Rendre possible l’ajout de publicité sur le site
  • Créer une newsletter

Les réalisations

Objectifs rédactionnels

Mise en ligne article : mode d’emploi

  • Créer un article
  • Publier un article
  • Mettre en ligne PDF / son / vidéo
  • Utilisation des réseaux sociaux

Objectifs structurels

  • Les améliorations apportées au site
  • La réorganisation du site
  • La réalisation d’un menu
  • La transmission technique

Conclusion

Malgré les échecs précédemment cités, je pense que la mission a permis au site et à l’équipe de progresser, notamment sur la mise en valeur des articles sur internet.
Pendant ma semaine d’absence (voyage dans le pays), j’ai compté sur l’équipe pour mettre en œuvre mes conseils en matière de :

  • Remise à niveau de la forme des articles anciens (cohérence de la mise en page, enrichissement via liens internet, étiquetages, rédaction des adresses url).
  • Essayer de créer une rubrique Santé, international,…
  • Publication quotidienne d’articles récents ou anciens sur Facebook et Twitter, surtout des émissions radio et TV.

Nous avons refait le point la veille de mon départ.

De son côté, Etienne Tassé a adressé à Ouest Fraternité le courrier suivant afin de dresser un bilan de la mission de Gaël : « Nous sommes très contents du travail  fait par Gaël, qui est allé bien au-delà de nos attentes. Au départ, je voyais surtout l’amélioration du site, ce qui est fait. Nous ne savions pas comment partager nos publications en pdf, tout comme nos émissions radio. Grâce à Gaël, nous l’avons fait et nous le ferons pour les prochaines productions. Mille mercis à l’Asso. »

 

Les techniques rédactionnelles / Le reportage

En partenariat avec le mensuel La Voix du paysan
Yaoundé, 31 mars au 7 avril 2012

Karin Cherloneix et Valérie Parlan

Participants : trois collègues du desk de Yaoundé : Marie Pauline Voufo, rédactrice en chef; Michelle Mbiendou, journaliste et PAO; Iréné, responsable de la diffusion et rédacteur;  quatre collègues des provinces : Jean-Baptiste Ndemen, journaliste dans l’Ouest; Magloire Biwolé Ondoua, en poste à Bartoua; Pompidou Ngamna, en poste à Douala; Denis Bambe, en poste à Garoua; Etienne faha, en poste à Maroua.

Les techniques rédactionnelles
Les fondamentaux de l’écriture journalistique (dernière session sur ce thème en 2010). Certains journalistes présents n’ayant pas bénéficié de cette session, il était bon de repartir avec ce nouveau groupe sur les mêmes bases.

Nous sommes parties de leur production pour mettre en pratique la théorie. Nous avons ainsi beaucoup travaillé sur le dernier numéro afin de valider les acquis du message essentiel, de l’angle, du plan, de la titraille, etc.

De même, nous avons pour les brèves et filets puisé notre matière dans l’actualité du pays en nous basant sur des articles de presse parus dans les journaux camerounais.

Ces quelques notions de base étaient maîtrisées pour certains, nouvelles pour d’autres.

Résultat : piqûre de rappel très bénéfique. Redonner les outils mais aussi donner confiance à cette rédaction qui ne demande qu’à mieux faire. Le journal a vraiment changé depuis deux ans. Plus clair, plus concis, mieux illustré, plus varié… Tous nous disent que notre action les motive fortement à améliorer le support.

A revoir : lors de cette session, nous avons réalisé que la préparation du contenu mensuel était aléatoire. Pas ou peu de consignes de signes, de genres… Copie envoyée souvent au kilomètre. Les SR de Yaoundé se retrouvent avec beaucoup de boulot. Nous avons précisé à Marie-Pauline et Michelle qu’il leur fallait davantage cadrer le travail collectif. Les journalistes en province le demandent d’ailleurs fortement.

Il faudra sûrement, lors d’une future session management, insister sur cet aspect de programmation et d’organisation du travail.

Le reportage
Nous avons réfléchi avec la rédaction à des sujets à même d’être utilisés dans leur mensuel. Deux sujets ont été choisis : la saison des mangues et la vente d’engrais dans les boutiques de Yaoundé.

Nous avons préparé ensemble le sujet, l’angle et tous sont partis sur le terrain. Puis, phase d’écriture. Un peu compliqué car chaque journaliste ne disposait pas d’ordinateur. Heureusement, Karin et moi avions les nôtres donc nous avons pu mutualiser les outils.

Résultat : la majorité des reportages étaient de bonne tenue au regard du genre qu’ils ne pratiquent quasiment pas. Nous les avons corrigé collectivement et certains seront diffusés dans le prochain numéro.

A revoir :  notre session a été calée en pleine semaine sainte. Beaucoup sont très impliqués dans leur paroisse et être pris pour cette formation a demandé à certains de renoncer à leur engagement spirituel.

De même, en fin de semaine, la réunion annuelle des collaborateurs du mensuel a eu lieu. Donc tous ont dû au fil des jours se consacrer aussi à la préparation de cette réunion. Iréné, un des moteurs de la rédaction, n’a pu travailler avec nous le dernier jour. La concentration générale a pâti de cette activité extra formation. Parfois, nous avions l’impression d’être en pointillés.

 

Le bilan

 Au moment du bilan, plusieurs points ont été soulignés :
– formation dense mais digeste
– bonne révision des bases, Magloire a résumé : « c’est le grain de riz qui fait le sac »
– besoin de recyclage permanent, « ça nous réveille » dira Etienne
– différence bien acquise entre information et communication
– importance du choix de l’angle et outils pratiques pour être original
– autocritique des papiers pertinente
– prise de conscience de mettre de la vie dans les papiers
– intérêt d’avoir des formateurs différents

Remerciements
Mille mercis à toute l’équipe de la Voix qui a, comme toujours, largement contribué à la qualité logistique et professionnelle de notre séjour. Merci aussi à Haman du Jour qui nous a mis à disposition son chauffeur pour une journée de détente pendant notre semaine.

Bororos et pygmées exclus de la compétition

Victimes de discrimination, les Bororos et les pygmées, les minorités du Cameroun, ne sont pas présents sur certaines listes dans les régions où ils vivent. En totale violation du code électoral, qui prend en compte toutes les composantes sociologiques, et des normes internationales qui condamnent la discrimination des minorités.

 La campagne qui a débuté le 15 septembre se fera sûrement sans de nombreux Bororos et pygmées. Des recours, introduits pour annuler les listes n’ayant pas respecté les droits de ces minorités ont tous été rejetés par la Cour Suprême. Le cas le plus marquant a été l’absence des minorités Bororos sur les listes du Sdf et du Rdpc dans l’arrondissement de Batcham dans la région de l’ouest.

Ici, le Sdf reprochait au Rdpc et à l’Undp, concurrents pour gagner les 41 sièges de cette municipalité, de n’avoir pas tenu compte de la diversité sociologique de cette circonscription électorale. L’Undp pensait la même chose des listes de ses deux adversaires et estimait que la sienne avait, à la différence de celle d’en face, inclus «tout le monde» y compris les Bororos. Le Rdpc, par contre, qui ne compte aucun Bororo sur sa liste, n’y trouvait alors aucun inconvénient, estimant subir là un faux procès. Pour Paul Kenné, 5e sur la liste Rdpc à Batcham, «les Bororos ne peuvent pas encore être pris en compte à Batcham »

Le verdict de la cour suprême va ignorer ces différentes plaintes et valider les listes querellées. Et pourtant, « la loi électorale en son article 171 alinéa 3 stipule que la constitution de chaque liste doit tenir compte des différentes composantes sociologiques de la commune concernée. A Batcham, les populations Bororos occupent une place importante dans la circonscription. Vu son nombre actuel et son importance au sein de la localité, c’est une erreur de faire des choix sans tenir compte de leur avis. Je suis très déçu par le verdict de la cour suprême », a déclaré Sanda Taparé, Bororo et militant de l’Undp qui reproche par ailleurs à la cour d’être tolérante sur le principe de la « composante sociologique ».

Les pygmées grands habitués de l’exclusion…

 Habitués des exclusions et, cette fois encore, ignorés des listes aux élections municipales et législatives, ils promettent de manifester leur colère par l’abstention ou le vote sanction contre le Rdpc, le 30 septembre.

Les pygmées « Bakola » de Lolodorf reprochent au Rdpc d’avoir choisi ses candidats uniquement dans les circonscriptions électorales des personnes «civilisées». Le choix s’est alors opéré dans 12 villages sur les 28 que compte cet arrondissement. « On nous a toujours balancé à la figure la protection des minorités sociologiques. Cette disposition figure dans la constitution du Cameroun, mais d’où sort-il que les pygmées, qui sont des Camerounais à part entière, eux à qui on demande d’aller aux urnes ne soient pas éligibles? », dénonce Nkoro Catherine fleur, une ressortissante pygmée.

En violation des normes internationales

 Selon le manuel d’observation électorale de l’Union européenne, la discrimination et le rejet des minorités constituent de graves violations des règles du processus électoral. « Nul ne devrait subir de discrimination, ni être désavantagé en aucune façon pour s’être porté candidat », précise le manuel.

Autre disposition du code électoral camerounais qui contribue à l’exclusion d’une catégorie de citoyens de la course aux élections : les pièces à fournir pour être éligible ont dissuadé de nombreux pygmées et bororos qui ont un très faible niveau d’instruction. Pourtant, selon le manuel cité plus haut, « toute condition exigeant un minimum de présentation de candidature devrait être raisonnable et ne devrait pas servir à faire obstacle à la candidature ».

Maitre Nestor Toko, avocat au barreau du Cameroun et président de l’association Droit et paix, dénonce avec fermeté l’exclusion des minorités de l’élection des conseillers municipaux ou des députés. «Tous les hommes sont égaux en droit et en devoir. L’Etat assure la protection des minorités et préserve les droits des populations autochtones conformément à la loi » fait remarquer l’avocat pour qui, en mettant à l’écart des minorités, l’Etat viole lui-même cette disposition de la constitution.

Joseph OLINGA N. (JADE)

Des militants du RDPC corrompent pour se faire élire

Des militants du parti au pouvoir multiplient des rencontres informelles au cours desquelles des agapes et de l’argent sont distribuées. L’objectif étant d’acheter les consciences des électeurs au mépris de la loi. Le code pénal condamne pourtant à des peines de prison ces pratiques récurrentes.

Les journées des jeunes du quartier Bépanda à Douala sont de moins en moins longues. Elles s’achèvent généralement tard dans la nuit après le départ des émissaires de la tête de liste RDPC aux municipales à Douala 5è. Jusqu’à tard ce jeudi, veille des derniers jours d’avant le début officielle de la campagne, des jeunes qui se présentent comme militants du RDPC attendent groupés dans la cour d’un domicile au carrefour “Tendon”. « Même s’il faudra attendre jusqu’à minuit, je suis là et ne rentrerai pas d’ici sans boire une bière », fait remarquer Bell, l’un des nombreux jeunes présents.

Attendu à 21 heures, c’est finalement à 23 h 30 qu’arrivent dans deux voitures le cortège du Rdpc. « Merci d’être venus nombreux pour nous recevoir chez vous, la « mère» Mme Foning s’excuse de son absence  parmi vous, elle aurait souhaité  faire la rencontre personnelle de tous  les 26 comités de base de  Bépanda avant le début de la campagne électorale. Mais elle a pris en compte toutes vos doléances…»,  déclare le porte parole de la commission envoyée par Françoise Foning.

Le discours de propagande, arrosé de promesses d’emploi, d’amélioration du cadre de vie, est suivi du décompte des personnes titulaires de cartes électorales. Le porte parole sort ensuite une liasse de billets, en retire cinq de 10 000 F qu’il remet à l’un des jeunes. « La mère a prévu ça pour vous », lance-t-il aux jeunes qui se le partagent au taux de 1000 F chacun avec la promesse de voter pour leur bienfaitrice  le 30 septembre.

Achat de consciences…

Les différents quartiers de la circonscription électorale de Douala 5è sont quadrillés par ces émissaires qui à chaque fois font des promesses et repartent après avoir distribué de l’argent. Seules les personnes titulaires de cartes d’électeurs bénéficient de la sollicitude des émissaires. Au quartier Sodikombo à PK13, ceux qui sont recensés ne reçoivent pas directement une rémunération, mais une promesse ferme de tenir compte de leur « vote positif », c’est-à-dire en faveur du Rdpc le moment venu. En plus de leurs coordonnées électorales, sont également enregistrés leurs  contacts téléphoniques. Pour dame Adama, Présidente d’un comité à Bépanda, l’opération n’a rien à voir avec la corruption et consiste plutôt pour le Rdpc à évaluer le nombre de suffrages favorables possibles.  Elle précise par ailleurs que le « vote positif » n’est pas obligatoire et dépend de la conscience de l’électeur. « Moi je vais voter Françoise Foning parce qu’elle a beaucoup travaillé pour mon quartier qui était avant un tas de boue. Ce n’est pas pour une affaire d’argent qu’elle distribue,  mais de meilleur candidat », affirme contrariée dame Adama.

Interdit et punit par la loi

Le Mouvement africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie crie à la corruption et soutient qu’il s’agit d’un sport favori  du Rdpc. « La nourriture, du vin, des sacs de riz, de maquereau, d’huile et beaucoup d’argent sont distribués à la veille et pendant la campagne par le Rdpc et ses militants devant des caméras de télévision… C’est de la corruption et pourtant personne n’est inquiétée », dénonce Anicet Ekane, membre du Bureau politique du Manidem. En effet, de nombreux militants de ce parti et autres membres du gouvernement ou assimilés organisent depuis la convocation du corps électoral des cérémonies publiques au cours desquelles sont distribués de nombreux cadeaux en nature et parfois de l’argent. La raison officielle évoquée étant de remercier leurs électeurs et assister dans leurs difficultés. Ces pratiques sont pourtant interdites par le code pénal camerounais dans son chapitre relatif aux atteintes à la constitution. Il punit  de la détention de trois mois à deux ans et d’une amende de 10.000 à 100.000 francs ou de l’une de ces deux peines seulement celui qui, « par l’octroi ou par la promesse d’un avantage particulier de quelque nature qu’il soit, ou  par voies de fait ou menace d’un dommage particulier quelconque, influence le vote d’un électeur ou le détermine à s’abstenir ».

E. Lako, A. Nyem, T. Tchopa  (JADE)