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Trop pauvres pour être candidats !

Obligés d’abandonner la course aux investitures dans leur parti, car incapables de payer une caution trop élevée pour eux, des candidats potentiels crient à l’injustice. D’autres multiplient les astuces pour trouver l’argent.

Awalou a 37 ans. Membre du bureau politique du Mouvement Africain pour la Nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), il ne participera pas aux élections législatives. La cause ? Trop pauvre !

« J’attendais cette occasion depuis de nombreuses années, mais voilà que la caution électorale, désormais relevée à un million de Fcfa, me met hors course, regrette Awalou. Je ne suis pas capable de trouver cette somme, même pas la moitié, comme le recommande mon parti à ses cadres. ». «Mes ambitions politiques vont être revues à la baisse, car je ne suis pas capable de payer la caution d’un million de francs », explique un autre militant  du  département du Koung-Khi. Pourtant titulaire d’un brevet de technicien supérieur en électrotechnique, il n’a pas trouvé d’emploi dans sa spécialité.

Pour survivre, ce diplômé de l’enseignement supérieur donne des cours comme enseignant vacataire d’informatique dans un collège à Baham. Il enrage : « Les membres de la majorité parlementaire, plus précisément les élus du RDPC et ses alliés, ont voté cette loi pour empêcher les jeunes démunis, mais engagés pour la défense de la démocratie et de l’Etat de droit, de postuler à la députation. »

Une caution inique

Présidente du comité d’arrondissement de l’Union démocratique du Cameroun (UDC) de Njinka-Njimatie et conseillère municipale de Foumban, Sabiatou Ngachili, ne sait pas davantage comment mobiliser l’argent s’il arrivait qu’elle soit investie par son parti. Revendeuse de denrées alimentaires au marché «A» de Foumban, elle explique : «Nous vivons dans une localité où il n’est déjà pas facile de joindre les deux bouts au quotidien. Il nous parait impossible d’épargner la somme d’un million de franc Cfa pour payer la caution. C’est comme si le législateur avait taillé le code électoral pour les nantis. Le principe de l’égalité, qui fonde le suffrage universel direct, est violé. On se dirait dans un système à suffrage censitaire », dénonce-t-elle.

Son camarade de parti, Nsangou Badiane, éprouve des frissons lorsqu’on lui parle de la somme à mobiliser. Les 50 000 Fcfa exigés pour les candidats au conseil municipal sont déjà, selon lui, très élevés pour des militants ruraux. «C’est anormal. C’est une manière d’exclure la majorité des populations, les pauvres du jeu politique. C’est anti-démocratique», crie-t-il.

En effet, le nouveau code électoral a relevé toutes les cautions : 50 000 Fcfa pour concourir aux élections municipales, 1 000 000 pour les législatives, 5 000 000 pour la présidentielle.

Les normes internationales violées

Les acteurs de la société civile à l’instar de Philippe Nanga, coordonnateur de l’organisation non gouvernementale Un monde avenir, estime qu’ « au Cameroun, le système régnant a mis tout en place pour réduire, voire empêcher, une effective participation citoyenne lors des consultations électorales ».

Il conseille au peuple et aux acteurs politiques, s’ils tiennent à l’alternance, au niveau local, parlementaire ou présidentiel, de se battre. « Les personnes qui, à tous autres égards seraient éligibles, ne devraient pas se voir priver de la possibilité d’être élues par des conditions déraisonnables ou discriminatoires », disent les normes internationales confirmées par l’Union Européenne. «Le montant des cautions doit dissuader les candidatures superficielles, mais pas les candidatures sérieuses », souligne le même document.

En attendant que les règles internationales, pourtant ratifiées par le Cameroun, soient respectées, des candidats trouvent des solutions alternatives.

«Je me concentre sur mon petit élevage de lapins, témoigne par exemple Deffo Oumbé Sangong, sans emploi depuis les municipales de juillet 2007 et président de la circonscription électorale Sdf de Bafoussam Ier. J’ai conseillé à plusieurs autres militants démunis de faire de même. C’est à partir de la vente de mes lapins que je supporterai en partie ma caution pour la députation. Je compte aussi sur l’élan de solidarité des camarades du parti, des amis et des populations pour pouvoir rassembler le million nécessaire.»

Partisan du principe suivant lequel «qui veut aller loin ménage sa monture », Michel Eclador Pekoua, secrétaire à l’organisation de l’UPC, conseille la même démarche à ses militants démunis. Il a même mis en place un plan d’autofinancement des candidatures et espère que ses militants se seront acquittés de leur caution avant la convocation des électeurs.

Guy Modeste DZUDIE (JADE)

Dix-huit morts en six mois dans la prison de Bertoua

 Maltraitance et malnutrition sont les maux qui sont pointés du doigt. Gardiens de prison et détenus sont déterminés à mettre fin à l’enfer carcéral de Bertoua.

 

 

« Entre août et octobre 2012, nous avons enregistré 15 morts ici. Puis, trois détenus sont décédés entre le 10 et le 13 janvier 2013.  Un mort par jour. » Ces déclarations alarmantes sont d’un personnel en service à la prison centrale de Bertoua. La ration alimentaire est la principale cause de mortalité dans ce pénitencier.

 

Prisonniers mal nourris

Une autre source ayant longtemps travaillé à la cuisine précise : « Cette ration journalière est composée de couscous fait à base de farine de manioc et de maïs tandis que la sauce est un mélange de 50 litres d’eau, d’un demi-litre d’huile de palme, d’un zeste de pâte d’arachide et de colorant. A cela, on ajoute un mélange de levure chimique et de farine de manioc pour faire gonfler le tout. »

« Pourtant le chef de l’Etat a récemment débloqué une somme totale de 1.5 milliards de francs Cfa pour améliorer la qualité de la nutrition dans les prisons du Cameroun. La prison centrale de Bertoua a reçu 26 millions de francs Cfa en liquide pour nourrir ses 500 détenus. Soit un peu plus de 2 millions de francs Cfa par mois, mais, au final, on ne dépense pas plus de 500.000 francs Cfa avec ces jongleries culinaires », affirment d’autres personnes travaillant à la prison.

Conséquence : les services de santé pointent, « un affaiblissement physique progressif de la plupart des prisonniers et un accroissement du taux de morbidité ». Malgré cette montée vertigineuse du nombre de malades, précise un détenu, « l’administration de la prison a fermé le quartier qui leur était uniquement réservé ». La raison : « Le régisseur estime que même malades, ces prisonniers peuvent s’évader ». A cause de cette décision, poursuit un autre détenu, « les malades cohabitent dans des locaux exigus avec des détenus sains qu’ils contaminent ».

Pour les mêmes raisons de risque d’évasion, soutient-on, « l’accès à l’infirmerie, donc aux soins, était interdit à ces malades qui couraient inexorablement vers la mort. On n’est donc pas surpris du nombre important de morts ». De sources internes toujours à la prison centrale de Bertoua, « cette situation a été constatée par Simo Ndjoko, le délégué régional de l’Administration pénitentiaire lors de sa récente tournée de prise de contact dans cet établissement pénitencier ». Les mêmes sources révèlent qu’« au cours de la traditionnelle séance de travail qui ponctue ce genre de descente, certains détenus ont pris la parole pour dénoncer tous ces maux et réclamer des solutions à ces mauvais traitements que tous subissent ».

Surpopulation

Dans un rapport confidentiel adressé au Garde des Sceaux, une mission d’enquête a établi qu’« effectivement, et selon les registres de l’infirmerie, dix huit détenus ont trouvé la mort ces derniers mois à la prison centrale de Bertoua ». Interrogé le 21 janvier 2013 dans son bureau,  Ngang Joh Lamya Mama, le régisseur de la prison, en reconnaît douze. Au cours de notre entretien, le patron des lieux a trouvé qu’« il était normal de mourir car même dans les hôpitaux de haut standing, on meurt. Il n’est donc pas étrange de mourir à l’infirmerie de la prison centrale de Bertoua. » Surtout que, comme l’a également mentionné le rapport évoqué plus haut, « le plateau technique de cette infirmerie n’est pas capable de prendre en charge les maladies de la prison ».

A cela s’ajoute, selon le même rapport et le régisseur, « la promiscuité du fait de l’entassement parfois de plus de 50 détenus dans des locaux prévus pour 20 ». Et c’est là où le bât blesse. En effet, « comme toutes les prisons du Cameroun, la prison centrale de Bertoua souffre d’une surpopulation évaluée à plus de 400% de sa capacité initiale ». « La prison de Bertoua compte exactement 478 prisonniers pour une enceinte construite en 1930, pour en accueillir 100 ».

La faute à un système judiciaire qui n’a pas toujours intégré l’objectif principal du code de procédure pénale dont l’application devait permettre une décongestion des prisons du Cameroun. Malheureusement, malgré les possibilités qu’offre ce texte sur les mises en liberté, on se rend compte que près des trois quart des détenus de nos prisons restent des prévenus.

Ange-Gabriel OLINGA (JADE)

 

Liste des détenus décédés d’août à octobre 2012 :

  1. Ekoto Martin
  2. Mohamadou Moctar
  3. Ousmanou Assana
  4. Yao Yaya
  5. Sandé Serge
  6. Amadou Ali
  7. Podi Alain
  8. Sali Yola
  9. Mamadou Sanouna
  10. Youssoufa Nguelnguelde
  11. Awalou Amadou
  12. Aboubakar Sidiki
  13. Mamadou Awalou
  14. Ousmanou Aïdjo
  15. Hamadiko Ousmanou

Détenus décédés entre le 10 et 13 janvier 2013

  1. Aeme César, le 10 janvier 2013
  2. Mama Dibel Thierry, le 11 janvier 2013
  3. Bili Zambo, le 13 janvier 2013.

 

L’exploitant ne respecte pas ses engagements : coup de colère des habitants de Melangue

L’entreprise forestière  GEAFEC.SA, dont le Général Pierre Semengue  était Président du conseil d’administration, avait promis une école, l’électricité, l’eau… Les habitants de cette commune forestière proche d’Efoulan n’ont rien eu du tout. Mais le bois, lui, a bien été coupé. Ce qui a provoqué un véritable soulèvement.

Plus possible pour les grumiers transportant des billes de bois de traverser le pont sur la rivière Melangue dans la région du Sud. Cette passerelle construite en 2010 par le Groupe d’études d’agro-industries des familles Etoundi du Cameroun (GEAFEC.SA), pour faciliter le transport du bois de la forêt vers les centres urbains a été brûlé par les populations du village Melangue 2. Sur place, l’impact du feu est encore visible, rendant désormais la traversée difficile même pour les piétons.

En décembre 2012, les populations de ce village de l’arrondissement d’Efoulan, se sont soulevées contre cette société dont le Général de corps d’armée Pierre Semengue est le Président du conseil d’administration. Elle exploite une concession de 4500 ha de forêt dans leur localité. « La société GEAFEC.SA ne respectait pas le droit d’usage des populations riveraines », explique Pierre Claver Effa Minko, chef du village de Melangue 2.

Plus d’un an auparavant, en mai 2011, le village avait exigé de l’exploitant une école maternelle, de l’électricité, une adduction d’eau potable et  des denrées alimentaires. Un mois plus tard, une réunion de crise présidée par le Général Pierre Semengue, permet de trouver un terrain d’entente. Japhet Leussa, directeur administratif et des ressources humaines, annonce aux chefs des villages concernés la remise imminente des dons en réponse à leurs doléances. Il demande aux populations de permettre que le travail avance sur le terrain où leurs équipes étaient déjà à pied d’œuvre.

Taxe de récupération des produits forestiers

Les engagements n’ont pas été respectés. « Les populations n’ont rien reçu, encore moins la mairie… Mais le bois est sorti de la forêt en grande quantité, jusqu’à ce que les populations se soulèvent et décident de brûler le pont qui permettait l’évacuation du bois », explique Richard Ebalé Adjomo, maire d’Efoulan. Il ajoute que la taxe de récupération des produits forestiers due par cette société à la mairie s’élève à 22 000 000 FCFA.

Bien que cette société ait un statut particulier, Francis Durand Nna, délégué départemental des forêts de la Mvila à Ebolowa soutient qu’elle est assujettie au paiement de la taxe. « Elle doit être payée aux populations riveraines, notamment à la commune, à concurrence de 2000 FCFA par mètre cube. Ce jour, cette société a 22.000.000 FCFA d’arriérés »

La GEAFEC.SA est aujourd’hui dissoute. Augustin Jean Eding, nommé par les dirigeants pour coordonner  la récupération du bois de la forêt de Mélangue 2, reconnaît que les revendications de la population sont fondées. Selon lui, c’est l’ex-directeur, limogé par la suite, qui a dupé les populations. « Il a détourné les fonds que l’entreprise lui a versés pour régler les taxes que la commune devait percevoir. Il a également reçu les fonds pour la réalisation des œuvres sociales. Mais il n’a rien fait », affirme-t-il.

Saisir l’administration forestière ou la justice

Joseph Ntsengue Levodo, délégué régional du Ministère de la forêt soutient que si l’exploitant s’est engagé à réaliser certains projets sociaux, il doit le faire. Mais il n’apprécie pas pour autant le comportement  des populations de Melangue 2. « La meilleure façon de revendiquer ces projets ce n’est pas de détruire un pont. C’est de saisir la justice ou l’administration compétente, à savoir le Ministère. »

Pierre Chekem, directeur de  Partnership, une organisation de la société civile  qui intervient dans le secteur de la gouvernance forestière, abonde dans le même sens. « Quand on est lésé, on doit aller se plaindre auprès des autorités compétentes ».  Il recommande aux populations victimes de tels abus de solliciter une concertation pour établir les responsabilités. « Le sous-préfet, le commandant de la brigade  de gendarmerie, les représentants des communautés et le délégué départemental du Ministère seront conviés à cette réunion ». A l’issue de cette rencontre, un procès verbal des conclusions sera dressé. Ce qui permettra d’engager des poursuites judiciaires. 

Jérôme Essian et Béatrice Kaze (JADE)

 

Eclairage : “L’exploitant forestier est assujettit au paiement de la redevance forestière”

Joseph Ntsengue Levodo, délégué régional du Ministère de la forêt et de la faune (Minfof) à Douala, explique les droits des populations riveraines des concessions forestières.

Quels sont les droits des populations riveraines des concessions forestières ?   Si votre village est situé côté d’une concession forestière, vous ne pouvez pas y aller prendre du sable, à moins que ce soit prescrit dans un plan d’aménagement, qui précise les conditions d’exploitation. Par contre, les populations riveraines bénéficient d’un droit d’usage. Autrement dit, on ne vous empêchera pas également d’entrer dans la concession forestière pour ramasser du bois mort, ou récolter des graines qui sont tombées des arbres. Car, l’activité de ramassage n’a pas d’impact sur la conservation de la biodiversité et la durabilité de la forêt.

Peuvent-elles également réclamer la réalisation d’œuvres sociales ?

Oui. Mais à condition qu’il y’ait eu une entente au départ avec l’exploitant forestier. Il doit exister un contrat signé entre les deux parties. La réalisation des œuvres sociales (routes, écoles, dispensaires, terrains de jeux) dans le cadre de la contribution des exploitants forestiers au développement local est prévue dans le cahier de charge de l’exploitant forestier.

Peut-on parler de redevance forestière dans le cas d’une concession?

Tout détenteur d’une concession est assujettit au paiement de la redevance forestière. Elle doit être versée au trésor public à hauteur de 50 %, la collectivité locale perçoit 40% et les populations riveraines 10%. La part des populations leur sera reversée, en concertation avec l’autorité municipale. Car il ne faut pas oublier que ces fonds doivent servir à réaliser des infrastructures socio-économiques.

Propos recueillis par Anne Matho

Dans le couloir de la mort de la prison de Douala. Les condamnés redoutent la fusillade au petit matin

Rejetés par leurs familles, évités par les avocats, discriminés par les Ongs, les condamnés à mort de la prison de Douala vivent dans la peur d’être un jour extraits de leurs cellules pour être fusillés. En attendant le moment fatidique, tous s’en remettent à Dieu.

 Ce dimanche, jour de visite à la prison de New-Bell à Douala, la cellule ” spéciale 01 ” connaît de nombreux va et vient de détenus qui entrent, sortent, jouent au ludo, aux échecs ou regardent la télévision. Ces prisonniers, venus d’autres quartiers de la prison, apprécient le calme de cet îlot, suffisamment aéré et équipé d’un téléviseur, mais certainement pas la situation pénale de ses occupants. Ils sont treize condamnés qui attendent le moment fatidique d’être fusillés sur la place publique. Le regard hagard et perdu de la plupart d’entre eux exprime leur angoisse. “Je suis un innocent qu’on a condamné à mort pour rien et peut-être qu’un jour, on viendra me sortir d’ici pour aller me tuer”, plaide, dans un français difficile, Kaowala Mbarandi Jacques, âgé d’environ trente ans et incarcéré depuis octobre 2008.

Il soutient n’avoir été que le témoin d’un meurtre dans une cafeteria où il travaillait. Il a été arrêté comme complice des assassins qui avaient tous pris la fuite. Pauvre, il n’a pas pu prendre un avocat pour sa défense, se contentant de celui qui lui avait été désigné d’office. Il est alors condamné à mort pour assassinat, et ne fera jamais appel de la décision. “Je ne suis pas beaucoup allé à l’école. Je ne connais rien et n’ai pas la famille à Douala. C’est en prison que j’ai appris que je pouvais faire appel, mais il était trop tard “, raconte-t-il anxieux.

Incarcéré depuis juillet 2009, Thomas Kandi sera étonné d’être transféré à la cellule “spéciale 01” en octobre 2010. Absent du tribunal qui l’a condamné, il n’a pas pu faire appel de la décision à temps. “J’étais dans la souffrance et n’ai personne pour m’aider. Par ailleurs, c’est quand on m’a transféré de ma première cellule pour le quartier des condamnés à mort que j’ai su que j’avais été condamné à cette peine “, affirme-t-il. Condamné dans la même affaire d’assassinat, Aboubakar Aoudou, alias Hassan, pense avoir fait appel, mais sans trop d’assurance. “Un de mes frères avait promis de le faire pour moi, mais je ne sais pas s’il l’a fait. Je veux bien le croire et garde l’espoir que je serai jugé de nouveau”, confie-t-il. Il s’en remet à la loi qui précise que tout condamné peut voir sa peine réappréciée par un tribunal supérieur à celui qui l’a condamné en premier ou deuxième ressort, à condition d’interjeter appel dans les dix jours qui suivent le verdict. Ce qui est difficile pour la grande majorité des condamnés à mort de la prison de Douala. 

L’appel peu efficace

Pauvres et abandonnés par leurs familles, ils ont été jugés avec la seule assistance d’un avocat commis d’office par le ministère de la Justice. “Les avocats fuyaient mon cas, alors que mon plaignant avait six avocats à lui tout seul. C’est donc sans réelle arme de défense que j’ai été envoyé au couloir de la mort “, relate Semengue Roger aujourd’hui âgé de 36 ans et en prison depuis dix ans pour assassinat et vol aggravé. Même s’il reconnaît les faits qui lui sont reprochés, il les met sur le compte de la jeunesse et de la précipitation. “Je suis issu de famille pauvre. Un Monsieur pour qui je travaillais a retenu indûment mes deux mois de salaires. Sous le coup de la colère, et je le regrette aujourd’hui, je l’ai agressé et tué “, précise Roger, aujourd’hui chef du quartier des condamnés à mort. Il fera tout de suite appel de sa condamnation, mais il n’a jamais été rappelé pour être rejugé. ” Du coup, on est en droit de penser qu’un jour, on sera extrait nuitamment pour être exécuté comme ce fut le cas pour d’autres condamnés à mort récemment en Gambie “, regrette-t-il.

Le même sentiment est partagé par Mem Hans, 45 ans et doyen d’âge de ce quartier où il séjourne depuis 2004. A la suite d’une bagarre à Sakbayeme, son village, il est condamné à mort pour l’assassinat de l’un de ses oncles maternels. Il conteste alors la décision, en arguant qu’une autopsie n’ayant pas été réalisée, il est difficile de prouver que cet oncle est mort des suites des coups reçus. Mais la cour d’appel confirme la sentence, trois mois plus tard. Mem Hans se pourvoit alors en cassation. Sept ans plus tard, il n’a ni reçu un document attestant que sa requête a été enregistrée, ni été appelé à comparaître de nouveau. Son propre avocat l’a roulé dans la farine. ” J’ai lavé les mains et donner ma vie à Dieu. Ici, il n’y a pas de distraction en dehors de la télé, ni une quelconque activité de réinsertion. Du coup, nous avons compris qu’à n’importe quel moment, on va nous tuer et cela me rend parfois nerveux et violent “ explique-t-il.

Supprimer la peine de mort ?

Même s’il réside encore dans la cellule “spéciale 01 “, Mapac Josué, 41 ans, mais en paraissant plus de 60, pense pouvoir, un jour, retrouver la liberté. Condamné à mort en 2001 pour assassinat à Yabassi, il a fait appel. Depuis, il a appris que sa condamnation à la peine capitale a été commuée en un emprisonnement de 25 ans . ” J’ai seulement peur de la maladie, parce qu’ici, en prison, si tu tombes malade, non seulement il est difficile que tu en sois extrait pour les soins, mais pire, tu dois être pris en charge par ta famille. Pour moi qui n’ai que ma pauvre mère je vais seulement mourir “, confie-t-il, déséquilibré.

Le cas de Josué est rare. De nombreux autres condamnés demeurent dans l’incertitude totale, parfois depuis plus de vingt ans. Une situation intenable qui pose la question de la suppression de la peine de mort. D’autant plus qu’au Cameroun, les dernières exécutions remontent à 1997. Depuis cette date, sous l’action des Ongs nationales et internationales qui souhaitent que le pays abolisse la peine capitale, aucun condamné n’a été exécuté. Au regard de la loi, ” toute condamnation à mort est soumise au Président de la République en vue de l’exercice de son droit de grâce. Tant qu’il n’a pas été statué par le Président de la République sur la grâce du condamné, aucune condamnation à mort ne peut recevoir exécution “.

Pour les défenseurs des droits humains, le fait de garder pendant longtemps en détention des condamnés à mort est une torture supplémentaire. ” Selon la loi, la prescription d’un crime est de 20 ans. C’est-à-dire qu’au-delà de 20 ans, une peine qui n’est pas exécutée est prescrite. Les condamnés à mort, qui ont déjà passé plus de 20 ans en prison, ne devraient donc plus être exécutés et, dans ce cas, que devient leur statut juridique : condamné à vie ou à perpétuité ? Le Cameroun doit abolir la peine de mort et nous œuvrons pour cela “, insiste Me Nestor Toko, avocat et président de l’association Droits et Paix.

 

Dieu pour seul refuge

Incertains sur leur sort, abandonnés par leurs familles, la plupart des condamnés à mort s’en remettent à Dieu. ” Après votre incarcération, vous recevez quelques visites. Une fois condamnés à mort, cela devient difficile, vous ne voyez plus personne “, explique Semengue Roger. En dix ans de détention, il n’a reçu que trois visites de sa mère qui vit à Ebolowa. Aucun de ses frères, sœurs et amis ne s’est déplacé. De nombreux détenus ne reçoivent qu’une ou deux visites après plusieurs années, voire aucune. Les Ongs, qui visitent les prisons, leur apportent tout aussi difficilement assistance, tout comme les avocats qui préfèrent les cas mineurs, même quand ils sont payés par des bailleurs de fond dans le cadre de l’assistance judiciaire aux démunis.

Dieu demeure donc le seul refuge. Les congrégations religieuses, surtout les catholiques, comptent parmi les fidèles visiteurs des condamnés à mort. ” La foi habite le condamné à mort. Nous craignons Dieu et respectons ses commandements et le louons tous les jours “, fait remarquer Semengue Roger. Il a été baptisé en prison et est désormais le coordonnateur de la communauté Saint Egidio de ce quartier. Pour se prendre en charge, il fabrique des chapelets qu’il vend à bon prix à tous les détenus. Mem Hans, lui, est le président du mouvement St Maximilien Marie Corbeau, prêtre jésuite devenu saint patron des condamnés à mort pour avoir donné sa vie en échange de celle d’un condamné à mort, affirment les catholiques.

Comme eux, tous les condamnés à mort prient à longueur de journée et assistent à tous les offices religieux. L’Eglise le leur rend bien et leur apporte à chaque fois assistance, contribuant ainsi  à les éloigner spirituellement de l’abîme de la mort.

Charles Nforgang (JADE)

Les articles sont produits avec l’aide financière de l’Union Européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de JADE Cameroun et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’Union Européenne.

Exploitation forestière illégale : les journalistes menacés ne peuvent informer

Les reporters  qui enquêtent sur l’exploitation forestière sont souvent victimes de pressions, d’intimidations et de menaces. Beaucoup renoncent à dévoiler ce qu’ils savent, pour préserver leur sécurité. Au détriment des citoyens, qui ne sont pas informés.

«La peur est permanente lorsque nous enquêtons sur l’exploitation frauduleuse des forêts», confie Alexis Obama Onana, journaliste à la Radio communautaire du développement de la Mvila, émettant depuis Ebolowa, dans la région du Sud. A la suite d’un reportage sur les  activités d’une entreprise forestière aujourd’hui dissoute, dont le président du conseil d’administration était un général de l’armée camerounaise, le journaliste avait reçu des menaces verbales. Un proche du général lui a fait savoir qu’il aurait mieux fait de s’abstenir de traiter ce sujet. Depuis, Alexis Obama n’affiche plus le même enthousiasme. «Il ya des choses qu’on n’ose plus dévoiler par peur de se faire taper sur les doigts», indique-t-il. 

Sanctions contre l’exploitation illégale

Le travail des journalistes sur l’exploitation forestière est «dangereux en ce sens que c’est un secteur où l’autorité administrative a un droit de regard», estime Vincent De Paul Messe, chargé des programmes à Odama FM, une radio communautaire émettant à Nango-Eboko dans la région du Centre. «Il y a une complicité entre l’autorité et l’exploitant. Les deux réunis abusent des riverains», dénonce-t-il. Selon lui, le journaliste qui prend le risque de décrier ce genre de complicité «est mal vu et parfois menacé».

«Un ancien préfet de mon département m’a proféré des menaces verbales», révèle Vincent. C’était à la suite de la publication d’un reportage qui montrait comment cette autorité avait imposé un exploitant forestier aux villageois de la localité de Mendom, «Il m’a dit que je n’aurais pas dû diffuser la production.»

Heureusement pour ce dernier, ce préfet est parti  en retraite peu de temps après la diffusion du reportage, mais ses intimidations ont refroidi le journaliste. «C’était une source de démotivation. S’il arrive que le maire de ma ville soit impliqué dans l’exploitation illégale, je ne serai plus encouragé à aller enquêter auprès des populations», dit-il.

De nombreux maires, députés, généraux, responsables locaux et régionaux de l’administration forestière se sont lancés depuis plusieurs années dans l’exploitation forestière. Profitant de leurs positions de pouvoir, ils dictent leurs lois, coupant du bois, parfois, au mépris de la législation. La plupart des journalistes locaux travaillent dans des radios communautaires contrôlées par certaines de ces personnalités. Ces radios constituent le plus souvent l’unique source d’informations pour la population.

«Je suis capable de produire un reportage par semaine dans le cadre du projet MIF (cf. encadré). Mais je n’en produis en moyenne qu’un par mois parce qu’il y a des sujets sensibles que je ne peux pas traiter», confirme Georges Emmanuel Tsayid, chef de chaîne de Radio Metoung, une radio communautaire d’Abong-Mbang dans la région de l’Est.

Dans le cadre du MIF, Tsayid a réalisé un reportage qui a été diffusé par les radios partenaires du projet, excepté sur la chaîne qu’il dirige parce que le sujet critiquait les implications d’un ancien maire d’Abong-Mbang dans l’exploitation illégale de la forêt. Au moment de la diffusion, le maire était encore en poste. Radio Metoung est financée par la commune d’Abong-Mbang. «Le journaliste risque un licenciement à la première occasion. Mais nous craignons aussi pour notre sécurité et celle de nos familles. Nous sommes dans une petite ville où tout le monde connaît tout le monde», souligne le journaliste. «Il y a des choses que nous connaissons mais que nous taisons volontairement pour ne pas risquer notre vie

Reinnier Kazé (JADE)

Eclairage : un projet pour limiter les torts causés à la forêt

Les  journalistes concernés par cette répression ont exprimé leurs inquiétudes en marge d’un séminaire organisé à Douala du 29 au 31 janvier, dans le cadre du projet «Mieux informer sur le Flegt et la législation forestière(MIF)». Cette initiative a été lancée pour encourager les journalistes camerounais à réaliser des reportages sur les violations de la législation forestière dans le cadre de la mise en œuvre, au Cameroun, de l’Accord de partenariat volontaire (APV-Flegt), un mécanisme européen visant à faire en sorte que le bois exporté en Europe soit légal.

Ce projet lancé en janvier 2012 sur un financement de l’Union européenne a permis aux journalistes impliqués de produire 48 articles, tous publiés dans la presse et 29 émissions diffusées à la radio, dont 12 traduites en langues locales. Par rapport au volume d’informations diffusées dans les médias avant le lancement de cette initiative, ce bilan est significatif, mais il aurait été encore plus important sans les intimidations subies par certains journalistes du projet. Lors de l’atelier de Douala, les journalistes présents ont été encouragés par leurs encadreurs  à ne pas céder aux intimidations et à  produire des articles équilibrés, donnant la parole aux différentes parties concernées.

Ils ont créé un réseau dénommé Journalistes pour le Développement durable et l’APV-Flegt (Jodaf). Cette association continuera d’informer sur l’APV-Flegt et réalisera des reportages sur l’exploitation des ressources naturelles. Elle s’investira aussi dans la protection de ces journalistes, en dénonçant  les menaces. Au besoin, elle engagera des poursuites judiciaires contre ceux qui entravent l’exercice du métier de journalistes.

R.K (JADE)

Enfermée avec les hommes, elle est violée pendant sa garde à vue

Cette commerçante de quarante ans, mère de sept enfants, a été jetée en cellule avec les hommes, gardée à vue au commissariat du 2e arrondissement de Yaoundé. Elle affirme avoir été violée.

Lucresse Ngono Obia n’oubliera sans doute jamais la nuit du 4 au 5 septembre 2012, quand les policiers l’ont jetée en pâture à des hommes gardés à vue dans une cellule du commissariat. Dans la journée du 4 septembre, le commissaire Aristide Ayissi, accompagné de ses “gros bras”, avait entrepris de casser les comptoirs appartenant aux bouchers du hangar n°6 au marché Mokolo. Il avait été relayé dans cette casse par le chef du secteur “vivres frais”, Marie Ossanga.

La nuit dans les toilettes

Un peu plus tard, Lucresse Ngono Obia, chef de ce hangar n°6 est interpellée par deux éléments du commissariat du 2e arrondissement. “Sans motif“, dit-elle. Elle est entendue tard dans la nuit avant d’être jetée, vers 23 h, dans les toilettes du commissariat. “Je n’ai pas dormi cette nuit-là. Je suis restée debout au milieu des excréments et des urines“, raconte-t-elle. Au petit matin du 5 septembre, son calvaire n’est pas terminé : elle se retrouve en compagnie de plusieurs hommes dans une cellule commune. “J’y ai vécu le moment le plus horrible de mon existence. J’ai été violée par un homme qui, par la suite, m’a fait consommer son sperme“, raconte-t-elle en sanglotant. Toujours traumatisée, elle est hors d’elle lorsqu’elle apprend que le commissaire Ayissi et Marie Ossanga, la traitent de menteuse. Au marché Mokolo à Yaoundé, toutes les attentions se portent sur cette femme qui a eu la malchance de tomber entre les mains de celui que les commerçants du marché nomment pompeusement le “très puissant commissaire Ayissi”. Depuis son arrestation, cette mère de sept enfants et grand- mère de quatre petits-fils ne marche plus seule, elle se fait toujours accompagner. Aux dires de ses proches, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même.

Malade

Psychologiquement affectée, “elle a perdu quelques kilos et ne prend plus soin d’elle“, confient ses voisines de comptoir au marché Mokolo. Suivie depuis son agression par des médecins psychiatres à l’hôpital Jamot de Yaoundé, la femme dit souffrir d’hypertension artérielle. Après sa libération le 5 septembre, elle a été prise de vomissements dans la nuit. Son fils aîné l’a alors conduite dans un centre de santé situé non loin du domicile familial sis à la nouvelle route Nkolbisson. Le lendemain, au marché, ses crises de vomissements se sont multipliées. Paniqués et effrayés, ses camarades l’ont conduite d’urgence à l’hôpital de la Cité verte où le médecin Olive Tocko lui a délivré un certificat médico-légal qui atteste : “Ngono Obia a subi des sévices corporels et physiques en milieu carcéral. Elle se plaint de douleurs pelviennes et épigastriques ainsi que de vomissements. Par conséquent, nous lui octroyons un repos médical de 29 jours.

Plainte non recevable ?

Lucresse Ngono Obia dit avoir déposé une plainte contre son agresseur et les autorités policières dont le commissaire de police Aristide Ayissi, responsable de l’unité et donneur d’ordre. Lui, qualifie le viol d’imaginaire et met en avant la vacuité du code de procédure pénale qui ne prévoit, en l’espèce, aucun dispositif particulier en matière de garde à vue. “Le droit des gardés à vue est encadré de manière générale. A aucun moment, on n’a tenu compte, au niveau de la police judiciaire, de la spécification des détenus particuliers. Et pourtant, on aurait dû le faire, notamment en ce qui concerne les femmes, les enfants, les étrangers et les handicapés“, déplore Me Simon Pierre Eteme Eteme, avocat au barreau du Cameroun et auteur d’un ouvrage sur la garde à vue au Cameroun. Me Eteme Eteme indique par ailleurs, que Lucresse Ngono Obia est fondée à traduire son agresseur en justice, et, de manière indirecte, le fonctionnaire de police ayant donné l’ordre de l’enfermer au milieu des hommes.

Léger Ntiga (JADE)

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Des associations au secours des prisonniers

Produits de première nécessité, vêtements, scolarisation des mineurs, défense des droits : de nombreuses associations viennent en aide aux détenus pour améliorer leur quotidien.

Le 3 septembre dernier, un incendie ravage les cellules spéciales 18 et 20 de la prison centrale de Douala. Tout juste deux mois après, le 25 octobre, la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés (CNDHL) offre aux détenus, un four à micro-ondes et un congélateur d’une capacité de 500 litres. Quelque temps plus tôt, c’est la communauté nigériane qui manifestait sa solidarité, en offrant des vêtements, sacs de riz, cartons de savon, du sel, du sucre, à ses ressortissants…
Dans la foulée, l’Association des réfugiés sans frontières avait, elle aussi, fait des dons de même nature. Outre ces aides de première nécessité, l’Association nationale Cameroun avenir (Anacav) a organisé un championnat de football pour les détenus au sein de la prison centrale de Douala, et Charité sociale humanitaire (Chasoh) a pris en charge l’alphabétisation des détenus mineurs.

Défense des droits

Plusieurs raisons expliquent ces actions. “Ce qui nous motive, ce sont les mauvaises conditions de détention des prisonniers. Leurs droits les plus élémentaires ne sont pas respectés : le droit à l’information, à la santé, à la nutrition. La dignité humaine n’est pas toujours respectée“, explique Jacques Dooh Bell, chef de l’antenne régionale pour le Littoral de la CNDHL. Idem pour les autres associations qui veulent s’assurer que les détenus ont au moins le minimum pour vivre. En plus d’offrir des dons, Avocats sans frontières (ASF) assure la défense des droits des détenus abandonnés par leur famille et qui n’ont pas les moyens de payer un avocat. “Nous leur apportons une assistance juridique afin qu’ils puissent avoir la liberté parce qu’elle n’a pas de prix. Les détenus ont droit à un procès équitable“, explique Me Nsali Mbébi Madeleine, membre d’ASF Cameroun. L’association Chasoh n’a pas la tâche facile. La prise en charge de la scolarisation des détenus mineurs demande d’importants moyens qui ne sont pas toujours disponibles. Cependant, “quand on a la volonté d’aider, les moyens viennent tout seul. Il ne faut pas forcément être très riche pour aider les nécessiteux. Je suis une fonctionnaire. Je prends un peu de mon salaire, un peu de l’argent que me donne mon mari et les divers dons que je reçois parfois“, indique Mme Magne épouse Tagne Tapia, présidente de Chasoh. Elle poursuit. “Je paie toutes les fournitures scolaires des mineurs emprisonnés et je prends en charge leurs enseignants qui sont eux aussi des détenus“. Contrairement au Chasoh, d’autres associations jouissent d’appuis financiers de divers ordres. La CNDHL bénéficie de l’aide du gouvernement camerounais et de certaines organisations des Nations unies à l’instar du Programme des nations unies pour le développement (Pnud). Il en est de même de l’Association des réfugiés sans frontières (ARSF) et d’Avocats sans frontières (ASF) qui bénéficient respectivement d’une subvention de l’Union européenne et du financement d’Avocats sans frontières France, en plus des cotisations internes des membres d’ASF Cameroun.

“Un appui salutaire”

Des financements qui peuvent leur permettre des investissements futurs en faveur des détenus : La CNDHL entend installer des tentes pour les détenus qui dorment à la belle étoile ; ARSF va poursuivre son “projet de défense des droits des détenus et d’amélioration des conditions de détention”, lancé en 2010. “Il vise la formation des procureurs, régisseurs de prison, avocats, gendarmes et policiers sur l’application du code de procédure pénale. On entend aussi intensifier le paiement des contraintes par corps, des amendes des détenus afin qu’ils retrouvent la liberté“, énumère Daniel Moundzego, son président. D’où la satisfaction du régisseur de la prison centrale de Douala. “Ce sont des appuis sociaux. Ça va en droite ligne avec l’assistance aux détenus. C’est un complément parce que les moyens que l’Etat met à notre disposition ne sont pas suffisants au regard de l’effectif des prisonniers. C’est un appui salutaire“, se réjouit Dieudonné Engonga Mintsang.

Blaise Djouokep (JADE)